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L'Art de surmonter la gueule de bois au bureau

30/04/2016

 

C’est assez exaspérant ce sentiment que vous avez lorsque vous émergez de votre… disons « nuit ». Oui, ce sentiment de grande culpabilité qui vous dit « ma chère fille, tu l’as voulu ? Tu t’es bien amusée hier soir ? Et bah tiens, c’est l’heure de déguster maintenant ! ». Ce qui est encore plus exaspérant c’est que vous n’avez pas le choix de vous ré-endormir pour cuver doucement enroulée dans vos draps à carreaux. Pourquoi ? Parce que celle qui a encore 2 grammes d’alcool dans le sang (j’exagère ?) a une réunion à 10 heures ce matin. Alors vous vous levez fébrilement et vous chouinez. Ça tape fort là-haut, ça gargouille ici-bas, les courbatures vous déchirent, vos cheveux recrachent l’odeur de la cigarette froide à chaque mouvement de tête. Vous êtes mal barrée, la journée ne fait que commencer… Vite, une douche, bon sang !

 

Vous pensez que votre état vaseux va partir avec l’eau et s’écouler dans le siphon de la baignoire. Si, au fond, vous n’y croyez pas, vous vous obligez quand même à le penser. Après tout, peut-être que votre esprit a bel et bien une force sur votre corps ? Et cette odeur de vinasse qui vous enchantait si bien hier soir, au bar du rooftop à la mode, vous fait tirer au cœur désormais. « Il faut avancer ma fille ».

 

Vous êtes évidemment en retard, c’est une catastrophe. Cependant, pas question de vous faire griller auprès du patron ! Encore les collègues, ça passe, mais pas le patron. Alors vous prenez le soin de vous maquiller, histoire de vous donner une (meilleure) mine. Vous y allez mollo quand même car vous ne savez pas encore très bien si vous êtes toujours un peu saoule ou pas et, si c’est le cas, vous avez peur de ne pas avoir conscience du carnage qu’il se passe sur votre visage (souvenez-vous ce jour où votre meilleure amie est arrivée à cette soirée, maquillée comme le Joker parce qu’elle a osé le ‘’make-up express’’ dans le taxi, de nuit). Vous vous séchez les cheveux pour assumer votre retard.

 

Plus vous approchez du métro, plus vous sentez la peur au ventre. Comment allez-vous vivre cette demie heure difficile à être secouée dans tous les sens et à faire le collé-serré avec des inconnus qui, évidemment (psychose), vont vous dévisager ? Et si vous restiez coincée dans la rame alors qu’une envie soudaine d’éjecter votre dîner de la veille arrivait subitement ? Là encore, vous réalisez que plus vous y pensez, plus votre ventre vous fait mal.

 

Le voyage s’étant passé sans encombre, même si vous aviez l’impression de perdre la face en voyant ces jeunes filles fraîches et soignées lire un livre devant vous, vous arrivez au bureau. 20 minutes de retard sur l’heure « normale » d’arrivée (cette limite que l’on se fixe dans l’inconscient collectif et que vous avez d’habitude plaisir à rappeler à votre collègue retardataire d’un sourire narquois), et vous sentez les regards se porter sur vous. « Ils ont grillé ! ». Qu’est-ce que c’est dur de sortir un bonjour serein dans ces moments là, n’est-ce pas ?

 

« Alors, on a fait la fête entre copines hier soir ? » vous lâche votre collègue. Quelle garce ! Vous ne vous aimez pas et elle dit ça exprès pour vous dire que vous ressemblez à rien ce matin. « Oui, je n’ai pas beaucoup dormi… mais, comme on dit, ce n’est pas la quantité mais la qualité qui compte ! » en regardant son décolleté (il y a des rumeurs qui courent sur l’authenticité de son ‘’attirail’’). Vous 1, collègue espiègle 0. Elle n’avait qu’à rester à sa place… Le temps de vous asseoir, de prendre peur en voyant les 34 nouveaux messages tombés dans votre boite mail entre hier et ce matin, de checker rapidement vos messages sur votre téléphone et vous revoilà partie à la machine à café. Pas de quoi avoir honte, c’est votre premier expresso de la journée. Oui, c’est très difficile de vous sentir molle et de faire comme si vous étiez hyperactive.

 

De nouveau à votre bureau, vous attaquez enfin vos mails et vos projets. Le temps passe, les préoccupations s’enchaînent, on vous appelle, vous appelez, on vous forward un mail, vous en forwardez 15, on vient vous poser des questions sur le projet en cours avec le « gros client du moment »… bref, votre matinée est passée à une telle allure que vous vous étonnez d’avoir si bien tenu le rythme. Evidemment, deux autres cafés bien serrés vous ont apporté du soutien. Jusqu’à la fameuse réunion…

 

Cette réunion, vous la redoutez. Déjà parce que celle qui l’anime n’est autre que la fameuse collègue faux-cul que vous n’aimez pas et qui vous a saluée avec une remarque pleine de sarcasme (vous tenez à votre score 1-0 et là, c’est elle qui va mener le jeu…), mais surtout parce que, c’est sûr, avec ce qui vous reste dans le sang, vous allez piquer du nez. La cerise sur le gâteau : votre mal de crâne revient en fanfare !

Alors vous essayez plusieurs techniques, en toute discrétion. L’automutilation, en vous pinçant de façon vive et nette la cuisse au-travers de votre jupe. Ça ne marche pas et, au bout de 5 minutes, vous sentez que vous allez regretter les marques d’ongles inscrites sur votre cuisse. Alors vous décidez d’être passionnée par le sujet. Vous décryptez chaque mot, chaque idée présentée par votre collègue. Ça ne marche toujours pas et, de toute façon, « l’autre » vous agace tellement que le peu de passion que vous avez se transforme en répulsion. Plus d’autre choix, vous décidez de penser à un sujet qui vous emballe personnellement. Votre copain nu dans votre lit, votre prochain week-end au bord de la mer, ce que vous allez acheter ce weekend sur internet, votre projet de…

 

« Alors, qu’en penses-tu ? ». Alerte ! Les regards se fixent sur vous ! L’autre garce vous demande votre avis, c’est la panique, vous n’avez rien suivi ! Là, pour être réveillée, vous êtes réveillée ! Elle vous regarde, vous devinez un très léger sourire au coin de ses lèvres. « Elle m’a eu ! ». Ding, ding : 1 partout !

« Pardon, j’ai eu un moment d’égarement ». Votre nausée revient, la tête est comme une pastèque.

Bravo, vous êtes officiellement démasquée.

 

Vous voilà devant le frigo à boissons de chez Cojean et vous essayez d’éviter du regard les quelques rangées de mini-bouteilles de vin. On minimise les risques. Vous commandez un plat consistant afin de, je cite votre pensée (oui, oui… vous étiez presque en train de le dire tellement vous le pensiez fort), « absorber tout l’alcool qui reste dans votre estomac ». Ça sera du riz, même si cette salade de quinoa vous met l’eau à la bouche. Vous vous posez à la table et commencez à raconter à vos copines de bureau la soirée inoubliable d’hier soir en terminant par : « et je ne sais plus comment je suis rentrée chez moi ».

 

Vient donc le pire moment de la journée, celui de l’après-pause-dej. La digestion, la fatigue, l’alcool… vous êtes au bout du rouleau, assise à votre bureau, tous vos sens s’évanouissent. Vous n’avez qu’une envie : dormir. Alors vous vous improvisez une petite sieste. Evidemment, il vous faut trouver une autre alternative que les mains pliées sur le front car vos collègues de l’open-space ne sont pas fous… Vous vous levez tranquillement, ni vue, ni connue, vous allez aux WC et vous enfermez dans les toilettes. Assise sur la cuvette, la tête dans les bras, vous plongez dans un sommeil profond, à tel point que votre bave commence à couler sur votre genou. Votre « sieste réparatrice » de 10 minutes vous donne finalement la nausée quand vous ré-ouvrez les yeux. « Plus jamais ma fille, plus jamais ça ! ». C’est le moment où vous prenez des résolutions que vous ne tiendrez pas, ne plus boire sans manger, ne plus s’enfiler autant de rosé, ne plus faire la fête en semaine… Peu importe, vous avez besoin de vivre vos remords à fond pour mieux rebondir.

 

Fin de journée. Votre foie se fait moins entendre mais l’état général est sacrément dégradé. Vous trainez de pieds jusqu’à chez vous, chaque pas est un effort surhumain. Tout vous paraît plus lent que d’habitude, vos nerfs lâchent. Il est 18 heures et vous savez qu’après une bonne douche qui va, une fois encore, « laver les restes de votre état miséreux », vous allez vous coucher comme une mamie dans vos draps froissés de la nuit dernière. Demain est un autre jour. Tant pis pour demain soir, vos amies qui vous forcent à sortir en boite n’auront pas d’autre choix que de festoyer sans vous… Quoique…

 

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